Grâce au tantra, au-delà du traditionnel va-et-vient qui ne mène qu’aux petites explosions, place à la symbiose et à l’extase ! Nos reporters ont suivi, en couple, l’un des nombreux stages qui proposent de s’initier au tantrisme.

Mis à jour le 15 Janvier 2018 à 18:32
Nous avons testé le tantra
Sommaire



Il y a cinq mille ans, au royaume des Indes, la belle déesse Parvati, assise sur les genoux de son cher Shiva, l’écoutait inventer le tantrisme. Un éveil à l’amour, qui utilise l’énergie sexuelle dans une perspective d’ouverture spirituelle. La promesse d’une sexualité différente qui mènerait à l’extase… Longtemps réservée à quelques initiés, cette technique millénaire tend enfin à s’ébruiter et à se transmettre par le biais du développement personnel. Autant comme couple que comme reporters, nous sommes donc partis près de Plaisir (un lieu prédestiné !), à une heure de Paris, pour participer à un stage de trois jours proposé par Christine Lorand et Dominique Vincent, psychothérapeutes et spécialistes du tantrisme. Avec nous, cinq autres couples postulants à la voie sacrée.

Ex-soixante-huitards ou cadres sagement diplômés, ils vivaient, pour la plupart, en binômes depuis plusieurs années et attendaient de l’aventure qu’elle redonne de la saveur à leur sexualité ou réintroduise la communication dans leur couple. A partir de nos notes et anecdotes, voici le récit de notre expérience dans le temple des sens.


Premier jour : Apprendre à ressentir… et à se retenir

Camille : En avril, la pression professionnelle avait réduit notre vie de couple à de simples rencontres dînatoires. Non pas qu’au bout d’un an notre amour se soit essoufflé mais, un peu affadi par le quotidien, il avait besoin d’être… pimenté. J’avais déjà eu l’occasion d’entendre parler du tantra. Un apprentissage de pratiques corporelles destiné à éveiller ses sens afin de parvenir, en couple, à une méditation amoureuse, à un orgasme extatique… Exactement ce qu’il nous fallait. « Trois jours de renaissance sensuelle », comme l’annonçait la brochure de Christine Lorand et Dominique Vincent, ne pouvaient que nous apporter un nouveau souffle. Thomas était partant. Nous avons donc signé…

Une grande pièce blanche donnant sur la forêt. Effluves d’encens, harmoniques de tablas et de sitar. Me voilà plus intimidée que je ne l’aurais cru. Dix paires d’yeux d’inconnus venus pour apprendre à mieux s’aimer… Première consigne : danser. Seul ou à deux, en rythme ou à contretemps, ce qui compte, c’est bouger. Pour être dans la conscience et non dans le mental, pour ressentir tout autant que nous pensons. Petits moulinets des poignets, twist non homologué, jerk endiablé… J’essaie, face à Thomas, de m’impliquer.

Sensation de chaleur dans le bas du dos, fourmillements au bout des doigts, tensions dans l’estomac… « Ton corps est un temple où l’énergie vitale circule et se transforme », ont insisté les thérapeutes. Car le premier principe du tantra est là : d’abord s’écouter soi pour savoir goûter, plus tard et à deux, aux joies du nirvana…

Thomas : L’Inde et l’hindouisme ne m’ont jamais attiré outre mesure. Si la voie des tantrikas, les adeptes du tantrisme, m’a tenté, c’est surtout pour son mystère… Premier après-midi, premier exercice tantrique en couple. Signalons dès à présent – c’est important – qu’aucun rapport sexuel, qu’aucune véritable intimité n’ont eu de place durant les séances de groupe. La salle commune accueillait uniquement nos méditations, nos répétitions de postures, notre travail sur le souffle et résonnait parfois de nos mantras (vibrations sonores prononcées façon moine bouddhiste). Le tout effectué complètement habillé, sur des matelas et des coussins.

Ces trois journées ont donc toutes été articulées de la même façon. Quelques heures d’exercices en salle, beaucoup de pratique en chambre. La nôtre se trouvait à quelques pas de la demeure principale, dans un petit chalet niché dans la verdure. Comme il nous l’avait été recommandé, Camille s’est allongée devant moi pour se laisser masser. Lentement. Immobiles ou effleurantes, en touchers prononcés ou à peine perceptibles, mes mains ont parcouru la courbe de ses hanches, se sont éprises de la chaleur de son ventre avant de suivre les frissons courant dans sa nuque. La musique nous poussait à la concentration tout en encourageant, progressivement, mon excitation.

Bons préliminaires pour une sérieuse entrée en matière ? Pas seulement. Grâce à notre application et à une attention toute particulière, nous avons été éveillés à une prodigieuse sensualité. Un pas de deux vers l’intensité.

Camille : Credo pour notre première rencontre tantrique dans l’intimité : ne rien attendre, ne rien provoquer, juste apprendre à ressentir… et à se retenir pour profiter des énergies sacrées. D’abord, se saluer réciproquement d’un namasté, accompli mains jointes, dans une légère inclinaison, pour ritualiser le passage du profane au sacré. Puis, assis en lotus, face à face, nus sous un grand foulard, rester dans un état de conscience en faisant, en quelques phrases, un tour d’horizon de nos sensations. Thomas se sent bien, rassuré, amoureux. Je me sens nue, observée, pudique et emplie d’une certaine timidité au seuil de la nouveauté.

Heureusement, son sourire et notre complicité me persuadent de me laisser aller. Nous voilà prêts pour le yabium, la posture tantrique par excellence. Assis l’un dans l’autre, front contre front, périnée contre périnée (nous avons volontairement opté pour la version sans pénétration, afin d’éviter que ne survienne trop vite le grand frisson), nous tentons de rester concentrés sur l’instant présent. S’il n’est en aucun cas interdit de franchir le cap de la jouissance, c’est dans la patience que nous trouverons, paraît-il, la plus belle effervescence.

Le secret ? La respiration. J’inspire quand il expire, et inversement, pour que naisse de l’union de nos souffles une alchimie symbolique de nos corps et de nos esprits. Telle est la théorie. Qu’il ait lieu ou non dans l’intimité d’une relation sexuelle, le yabium permet, en effet, de mettre les partenaires en connexion énergétique au niveau de tous les chakras, ces sept centres d’énergie alignés verticalement du sexe au haut du crâne. L’objectif, après beaucoup d’entraînement, étant de devenir deux amants aimantés par leurs énergies inversement polarisées. Cinq minutes, vingt minutes… Difficile de résister à la tentation. Profonde inspiration, large expiration… Une certaine frustration s’installe… Oubliant subitement la méditation amoureuse, nous nous allongeons pour donner libre cours à notre envie de fusion. Quelle satisfaction! L’attente, jusqu’à un certain point, ça a vraiment du bon.


Deuxième jour : Rester en contact physique pendant vingt-quatre heures

Thomas : Samedi, 7 h 30. A jeun, nous retrouvons le groupe pour une méditation dynamique. Un voyage en quatre escales et en musique pour permettre à l’énergie de circuler dans le corps entier… Première étape : respiration nasale. Yeux clos, je m’exécute : petite inspiration par la bouche, grande expiration par le nez. Dix minutes de respiration intense qui permettent, lors de la deuxième phase, de libérer son ombre, cette face obscure de nous-mêmes, triste, méchante, animale et coléreuse, souvent dissimulée pour nous permettre de vivre en société. Son sale côté, quoi ! Cris, rires, coups de coussins contre le sol… Quelques phrases incohérentes et pleines de violence se font entendre : « J’te déteste », « Non, pas ça… », « Dégage salope ! », « Vos gueules »…

La salle s’est transformée en zoo humain. J’ai du mal à rester concentré. Les autres ont su décoller pendant que moi, je restais bloqué dans la réalité. Peur de l’inconnu ? Ombre trop sombre ? Respiration mal appliquée ? Aucune idée. Troisième phase : bras levés, se mettre à sauter, quinze minutes, en poussant des « Hou ! » rythmés, pour que les vieilles énergies, polluées, laissent place à la sérénité. Là, j’avoue qu’il y a des effets : je suis crevé ! La quatrième étape est celle de la médiation. Ne rien faire d’autre que de laisser défiler ses pensées et être le témoin de ce qui se passe en soi. Pour l’instant, je suis témoin de mon échec. L’atterrissage du groupe prend, lui, la forme d’une danse lente, l’« acceptation », où l’on célèbre calmement son ombre pour se libérer. Mais que dois-je accepter ? De ne pas y être arrivé ? Comme un dernier de la classe, j’attends la pause déjeuner végétarien…

Camille : Je ne peux oublier la joie que m’a procurée une expérience baptisée « le lien ». Règles du jeu : rester en contact physique avec son partenaire, vingt-quatre heures durant. Par le pied, la main, l’épaule, les cheveux… Garder un lien tout en se déplaçant, en mangeant, en se lavant… mais aussi, et en toute logique, en allant aux toilettes ! But : apprendre à écouter et ressentir notre fusion. Certains couples n’ont pas supporté de vivre jusqu’au bout ce contrat. « Il avait les mains moites. Elle marchait trop vite. Pas envie de tout partager… » Mais pour Thomas et moi, ce fut la panacée… 1 440 minutes de rires et de plaisir. Avec la certitude d’être deux moitiés faites pour être rapprochées. « Laissez votre énergie vitale répandre ses ondes dans vos zones érogènes, sexuelles et dans tout votre corps, sans rien attendre en retour », avaient lancé Christine et Dominique avant de nous laisser nous échapper dans notre retraite privée. Nous avons testé et cela a marché. Position recommandée : les ciseaux. Mais pas tête-bêche. Plutôt en X, jambes entrecroisées, reliés ensemble par une pénétration. C’est le début de notre « love meditation »…

Oublier le traditionnel va-et-vient qui mène aux petites explosions, et viser la perfection. Et pour ce…, nous respirons. Inspiration pour recevoir l’énergie, expiration pour la faire circuler. Thomas reçoit dans son cœur et me transmet par le sexe. Délicieusement, une riche et sensuelle stimulation se met en place. Juste par la respiration (un peu forte, il faut l’avouer). Un flirt avec le divin que seules les pauses méditatives empêchent de se transformer en un trop rapide apogée. Stop. Pause… Encore… Pause. Des heures durant… Le tantra apprend à vivre l’excitation sexuelle dans un état de relaxation. Paradoxal ? Pas du tout. L’envie se répand dans les moindres parties du corps. Plus question de performance mais d’intensité dans l’échange. En abandonnant le fantasme pour me régaler des richesses érotiques que Thomas me proposait, je l’ai aimé ce soir-là comme jamais, pour ce que lui seul pouvait m’apporter.


Troisième jour : Laisser s’exprimer sa propre voix intérieure

Thomas : De nouveau une méditation dynamique. Cette fois, je me décide à me laisser porter. La deuxième phase abordée, une spirale d’émotions m’envahit, mettant en évidence des tensions accumulées et faisant remonter une tristesse insoupçonnée. Un miniséisme crânien que je réussis à évacuer en sautant, dansant et méditant. Résultat : l’impression d’être vraiment propre. L’expérience suivante, appelée « l’oreille », devrait être un principe d’hygiène obligatoire pour tous les couples. Le principe : confortablement installé, ne rien faire d’autre qu’écouter son partenaire exposer ce qu’il ressent dans l’instant présent et répéter ses paroles, mentalement, pour mieux s’en imprégner. Seules règles à respecter : surtout ne pas juger ; ne pas interrompre ; ne rien faire d’autre qu’écouter. Bonne foi et “je” de rigueur. Au bout de quelques minutes, on inverse les rôles. « Je me sens bien », « Je suis énervé ! », « Je crois que je suis un peu inquiet », « Je t’aime »…

Entendre ainsi sa propre voix intérieure et la laisser s’exprimer débloque les énergies. Le bénéfice ? En finir avec les rancœurs, les non-dits, les erreurs de jugement qui diminuent notre potentiel de bonheur. Le stage a pris fin comme il avait commencé. On a dansé. Mais quelle différence, quelle légèreté par rapport à notre arrivée ! Le dernier mantra « Aôm » a fait résonner en moi d’incroyables vibrations. Pourtant, les mantras, voilà bien le truc auquel je ne croyais pas. Mais le « Aaa » a éveillé un écho dans mon bas-ventre, le « Ôôô » l’a poussé jusqu’à ma poitrine, et le « Mmm » a finalement résonné jusqu’au sommet de mon crâne. J’étais plutôt fier de moi. Pas mal, en trois journées seulement, de pouvoir apprendre à ressentir, à écouter son corps à ce point-là. Quant à Camille ? Camille, depuis, c’est… Comment dire ? Elle n’est pas complètement différente. Mais ce n’est plus tout à fait la même.

Bilan : Une mutation sensuelle plus qu’une révolution

Camille et Thomas : Un mois que notre formation tantrique s’est déroulée. Ce que nous avons retenu de notre odyssée ? D’abord que le tantra, c’est sûr, n’est pas le Kama Sutra. Pas de pirouette ni de brouette, mais de belles sensations à découvrir, à partager. Pas vraiment une révolution sexuelle, mais une mutation sensuelle qui ne sert pas seulement au lit mais aussi dans la vie. Ce n’est pas simple, c’est vrai, de prolonger, une fois revenus à la maison, l’immense sérénité que nous avions gagnée. Mais lorsque l’on a appris à mieux s’écouter et à mieux profiter de son couple, la vie quotidienne est forcément plus souple. Certains voient le XXIe siècle spirituel, d’autres l’envisagent asiatique. Le tantra, ça tombe bien, c’est les deux à la fois.

Tantra : La quête du spirituel par l’énergie sexuelle

Du sanskrit tan, signifiant tisser des liens, et de tra, qui suggère l’idée du salut, le tantra est une voie spirituelle dont les premiers écrits remontent au VIe siècle avant notre ère. Développé en Inde, en Chine puis au Tibet, il se divise en deux mouvances : le « tantra de la main droite », celui de la tradition bouddhique, qui repose sur de simples pratiques méditatives, et le « tantra de la main gauche », issu de la tradition hindoue, qui se base, lui, sur l’énergie sexuelle et la sexualité pour accéder au sacré. Récemment arrivé en France, c’est ce dernier qui donne le plus souvent lieu à des formations en développement personnel. A travers un ensemble de méditations, de rituels, d’exercices respiratoires et corporels vécus seul ou à deux, le tantra hindou vise à magnifier l’union de la femme et de l’homme en redonnant à chacun leur dimension de divinités créatrices. Par la rencontre totale des corps, des sexes et des cœurs, sa finalité est d’allier les énergies pour atteindre un orgasme non plus génital et extérieur, mais explosif et extatique.

Ethique : vrai et faux tantra

Le tantra est la seule recherche spirituelle basée essentiellement sur l’énergie sexuelle. Forts de cette originalité, certains « gourous » douteux proposent des stages pseudo-tantriques, somme d’interprétations peu sérieuses, de fantasmes pervers et de pratiques vicieuses. Pour vous éviter de rejoindre ce genre d’illuminés, Agnès et Jean-Marie Delacroix, psychothérapeutes formés au tantra, ont défini, en se référant au code de déontologie du Syndicat national des praticiens en psychothérapie, des règles éthiques professionnelles auxquelles toute bonne formation tantrique doit pouvoir répondre. Avant de vous engager, n’hésitez pas à vous faire réaffirmer ces quatre principes :

1. Le respect de soi et de l’autre dans son propre cheminement.

2. Aucune relation sexuelle entre participants et animateurs.

3. Aucun acte sexuel durant les exercices en groupe.

4. La confidentialité absolue aussi bien de la part des participants que des animateurs.

Pour aller plus loin 

==>  Êtes-vous prêt(e) pour le sexe tantrique ?

Dans notre quête d’épanouissement sexuel, les traditions orientales ont le vent en poupe, avec un fort engouement pour le tantra. Une philosophie de vie qui est aussi une voie vers une sexualité différente, un chemin vers l'extase. Pour savoir si vous êtes prêt(e) à expérimenter cette vision unique du désir, de l’union et de l’orgasme, faites le point sur votre rapport à la sexualité et découvrez ce que le tantra pourrait vous apporter ! Peut-être êtes-vous plutôt un(e) tantrika en « herbe » ou bien confirmé(e).

Sources : Psychologies

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