On le surnomme « le père essuie-glace » ou juste « le moine de l’autoroute ». Lui préfère qu’on l’appelle Frère Antoine, le nom qu’il s’est choisi à son entrée à l’Abbaye de Citeaux, dans les années soixante. Paul Fournel n’est pourtant pas réellement un ecclésiastique, il n’a jamais prononcé ses vœux. « Frère Antoine » est un oblat.
À Charnay-lès-Mâcon, le personnage est connu. On le voit régulièrement remonter la grande rue de la Coupée, soutenu par sa canne. Mais c’est sur son pont, au-dessus de l’A6, que l’homme éveille la curiosité. Depuis des années, les automobilistes peuvent le voir chaque week-end, penché au-dessus de la route. Ses lèvres bougent, mais il n’en sort aucun son. Dans sa main, une colombe en contreplaqué bascule de droite à gauche, comme un automate bien réglé. « Je suis poussé par le Seigneur, je souhaite la paix à tous ces gens », explique Frère Antoine. Mais pourquoi ? « Inutile de se poser la question, ça, c’est le secret du Seigneur… ». Le petit rituel de cet homme placé sous tutelle, ne lui attire pourtant pas que l’amour de ses semblables. Ses débuts ont été difficiles, Frère Antoine a reçu des insultes, parfois même des pierres. « Il n’y avait que les gendarmes qui me disaient de continuer, que c’était bien ce que je faisais ». Des gendarmes qui n’ont jamais eu à se plaindre du moine de l’A6. Ils reçoivent pourtant régulièrement des appels d’automobilistes inquiets de voir ce curieux personnage penché vers eux. À 69 ans, Frère Antoine passe moins de temps au-dessus de l’autoroute, ses jambes le portent difficilement. Il s’oblige pourtant à tenir son poste au moins une heure chaque samedi et dimanche. Il aimerait à présent « que quelqu’un prenne le relais ». Pensez-y lorsque vous l’apercevrez depuis l’autoroute.
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